Maltraitance des salariés


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La maltraitance devient-elle la conséquence inéluctable de la maladie?

Fernando Ribeiro 1)le nom a été changé puisque le salarié est en cours de procédure contre son employeur est chauffeur de poids-lourds pour une entreprise de transport. Le médecin du travail le déclare inapte pour exercer son travail de camionneur. La commission mixte est finalement saisie et décide le reclassement interne du travailleur. Or, au vu des réalités économiques dans ce secteur, l’employeur ne peut pas se permettre de créer un nouvel emploi juste pour donner suite à la décision de reclassement. Les responsables du service reclassement des travailleurs de l’ADEM sont au courant de nos avertissements dans ce sens, mais font la sourde oreille. La Commission mixte refuse de considérer un reclassement externe en brandissant les paragraphes et en ignorant, du haut de sa tour d’ivoire, les réalités du marché.

Pour Monsieur Ribeiro, le mal est fait. Il retourne voir son employeur afin que ce dernier lui donne un travail en accord avec les décisions de l’ADEM et la Médecine du travail. C’est alors que les choses déraillent. Si nous avons toute la compréhension du monde pour les contraintes économiques d’un employeur, nous n’en avons aucune pour les petits dictateurs qui se croient dieu sur leur tout petit Olympe.
L’employeur, à juste titre énervé par la décision de l’ADEM, lâche alors sa frustration contre le salarié. Il ne fournit aucun travail au camionneur déchu. Il lui crie dessus comme on n‘ose même pas le faire à un chien en public, de peur de poursuites pénales. Le camionneur, en position debout depuis plusieurs heures, demande à pouvoir s’asseoir. Le patron lui crie dessus qu’il ne le paie pas pour être assis. Ensuite, il le force à quitter le hall de l’entreprise pour se mettre dans la cour, en plein soleil. Le camionneur demande à pouvoir se rendre aux toilettes, le «grand» patron au petit cœur le lui interdit. Le calvaire de Monsieur Ribeiro durera plusieurs jours. Un ami qui l’a accompagné au travail filme la scène à distance. Nous essayons d’aider le camionneur en suivant la procédure «légale».

 

D’abord les paragraphes…

Nous contactons le Secrétaire de la Commission mixte afin de l’alerter et le confronter aux conséquences de leur décision. Il nous explique en toute sérénité que du côté des responsables de service de l’ADEM, on ne peut rien faire. Après tout, il y a des procédures à suivre.
Nous contactons le médecin du travail qui comprend mais ne peut rien faire à son tour.

Nous contactons l’Inspection du travail, le garant de par la loi, de la sécurité et de la santé au travail, le vaillant défenseur de l’application de la loi dans les entreprises etc, etc…
Évidemment, aucune réponse par écrit, il ne faut pas laisser de traces de son inaction, de son désintérêt, de son inertie… un gentil Monsieur nous dit que l’ITM n’intervient pas dans ce genre d’affaires (sic!) et qu’il faut contacter la police.

Ainsi soit-il: nous contactons la police par écrit en attirant leur attention sur la maltraitance d’un travailleur, d’un être humain. Le temps passe, entre-temps cela fait trois jours que Monsieur Ribeiro est maltraité par son employeur et se trouve comme un chien devant la porte de l’entreprise en plein soleil et sans avoir le droit de s’asseoir.
Un beau jour enfin, la police intervient… par téléphone. Nous sommes très étonnés d’être contactés par le service Communication et Presse de la Police grand-ducale. Nous comprenons immédiatement qu’au lieu d’intervenir et de faire cesser les attaques contre la sécurité et la santé du travailleur, de faire cesser sa maltraitance, on nous envoie une personne formée en communication afin de nous sortir tous les articles du Code pénal possibles et imaginables afin de justifier l’inaction de la police! Terrain privé, définition de la torture non réalisée, pas de base pour intervenir contre la maltraitance des humains, etc, etc. Rien n’y fait. La gentille policière comprend bien mais nous réaffirme poliment que la police n’a aucune base légale pour intervenir. Vive l’État de Droit!

Un feu dans la Cour de l’entreprise mettra finalement un terme au contrat de M. Ribeiro, jugé, condamné et exécuté sommairement par l’employeur.

 

Mieux vaut être un animal

L’autre jour, nous avons vu un grand article dans les journaux concernant un chien maltraité et abandonné, article qui se terminait par les mots: «la police lance un appel à témoins

La morale de cette histoire tristement réelle est que si vous respectez la loi et voulez faire les choses dans les règles, vous n’arriverez pas à sauver un travailleur des humeurs perverses de son dictateur d’employeur. Le salarié aurait-il dû frapper son employeur afin que la police intervienne? Quelle est cette société qui met la valeur d’un clebs au-dessus de celle d’un Homme? 2)cela ne constitue en aucune façon une critique de la protection des animaux qui a toute sa raison d’être dans une société civilisée qui souvent titre les animaux comme étant ses meilleurs amis

 

Cet article a été publié pour la première fois dans notre « Kontakt » de mars-avril 2016. Il reprend toute son importance au vu des événements dramatiques qui se sont déroulés récemment concernant un travailleur en détresse. Doit-il y avoir mort d’homme afin que les humains soient mieux protégés contre leurs pairs? Homo homini lupus.

Ce texte est également disponible en Allemand

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1.le nom a été changé puisque le salarié est en cours de procédure contre son employeur
2.cela ne constitue en aucune façon une critique de la protection des animaux qui a toute sa raison d’être dans une société civilisée qui souvent titre les animaux comme étant ses meilleurs amis

Auteur

Armand Wildanger
Armand Wildanger

Armand Wildanger est le Secrétaire Général du Syndicat NGL-SNEP depuis 2008. Il est en charge des communications du syndicat ainsi que de l'organisation et du fonctionnement du Secrétariat général du NGL-SNEP. Il fait partie du Conseil d'administration du NGL-SNEP. Armand Wildanger est diplômé en gestion d'entreprise.

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