Salaire social minimum

Victime de propagande et d'hypocrisie électorales


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Sacrées années électorales! En octobre de cette année, les Luxembourgeois sont appelés aux urnes pour recomposer le parlement (« Chambre des Députés »). Et voilà, après cinq ans d’abstinence d’activités sociales qui mériteraient l’appellation, les « socialos caviar » redécouvrent le salaire social minimum. Pour arranger l’argumentation, les chiffres sont légèrement arrangés: cela suscite plus d’émotions lors des discours du dimanche et des belles entrées en scène dans la presse institutionnalisée.

De toute évidence, celui qui touche le salaire minimum estime qu’il n’est pas assez élevé. Pour l’employeur, une augmentation du salaire minimum signifie toujours un coût supplémentaire malvenu. La classe politique se situe tout au long de cette échelle. Or, nous estimons que le sujet est bien trop sérieux pour être abusé de la sorte.

Les politiques socialistes ont eu de longues années (pas seulement une période législative) pour attaquer le sujet. Au lieu de faire des promesses sans lendemains (du genre « si cela n’a rien donné, ce n’est pas de notre faute, ce sont les autres qui s’y sont opposés »), pourquoi ne pas avoir justement gouverné et augmenté le salaire minimum, pour venir voir l’électorat de gauche maintenant en disant: « voyez ce que nous avons accompli pour vous! »

Le ministre du travail parle finalement d’une hausse de 100 euros nets. S’il faut déjà un tel cirque pour un montant aussi peu élevé…

100 euros vont-ils vraiment aider les « smicards » à sortir de la « pauvreté » (mot utilisé par le ministre)? Rien qu’au vu des prix du logement et des exigences de plus en plus étouffantes de certains bailleurs pour donner un appartement en location, on peut légitimement en douter.

Si l’on considère les rémunérations indécentes attribuées aux requins de la finance pour détruire le système social, tout en poussant de l’argent virtuel, inexistant, un peu à gauche et à droite, on doit se demander pourquoi les salariés qui travaillent pour gagner leur vie n’auraient pas mérité une augmentation conséquente. Pourquoi est-il communément accepté que le capital, cet argent largement inventé de toutes pièces, soit rémunéré au multiple exorbitant du travail? La réponse à cette question passe inévitablement par le constat que justement, les politiques, ne décident plus grand chose!

Vous avez certainement entendu que la Commission européenne a imposé à AMAZON un redressement fiscal de 250 millions d’euros en octobre 2017. Selon le FIGARO, « Les autorités [luxembourgeoises] fermant les yeux, le groupe a esquivé les 3/4 de l’impôt sur les sociétés normalement exigible, grâce à un tour de passe-passe entre une société d’exploitation, imposable, et une holding, coquille vide non taxable. » Or, le gouvernement luxembourgeois a fait appel contre cette décision de la Commission en décembre dernier.

Comment le ministre du travail, qui fait partie d’un gouvernement qui va au tribunal afin que AMAZON n’ait pas à payer des impôts dus au Luxembourg peut sérieusement vouloir nous faire croire à tous qu’il est du côté des travailleurs? Les travailleurs qui, eux, n’ont pas la chance de se voir octroyer des cadeaux fiscaux.

Vous aurez compris que le système est régi par la loi du fric. Il est de plus en plus difficile d’apporter des changements favorables aux travailleurs dans ce système dans lequel s’opposent des forces de loin inégales. Autrement dit, si nous voulons des changements, nous devons commencer par changer le système!

Au lieu de faire semblant de réfléchir à une augmentation pour une partie des travailleurs seulement, pourquoi ne pas faire le nécessaire pour limiter les prix des terrains et du logement en général, pour commencer? Cela permettrait notamment aux travailleurs « smicards » de ne pas avoir à investir les 75% de leurs revenus dans leur logement, un tant soit peu décent! Mais vous savez quoi? Notre système, l’Europe notamment, impose un cadre légal qui permet justement aux riches de devenir toujours plus riches en exploitant essentiellement les travailleurs. Cela dure depuis plus de quarante ans! Nous connaissons le résultat. C’est cette Europe qui interdit aux États-membres souverains de prendre des décisions de la sorte, libre concurrence oblige!1)Même si l’on pourrait avoir tendance à croire que cela arrange les gouvernements nationaux! Dans ce cadre pipé, le ministre du travail luxembourgeois parle encore de vouloir introduire un salaire social minimum généralisé en Europe. C’est à mourir de rire! Déjà qu’il n’arrive pas à maîtriser les problèmes au Luxembourg…. (nous y reviendrons).

Il faut vraiment s’interroger si des politiques, qui gagnent facilement le décuple du salaire social par mois, sont en mesure de savoir de quoi ils parlent vraiment.

P.S. Et puis, il y a les éternels « y’a qu’à… », ces héros du clapet qui commencent toute phrase par: « les syndicats devraient… ». Il s’agit certainement de gens qui n’ont jamais adhéré à un syndicat et n’en connaissent pas le fonctionnement. Rappelons qu’au Luxembourg, il n’y même pas un vrai droit de grève et que les « grands » syndicats sont tous largement subventionnés par l’État! Alors, ils ne risquent pas de mordre la main qui les nourrit! Sachez que notre syndicat ne touche pas un euro de la part de l’État et que personne ne nous demande de nous taire (en fait, on essaie, mais cela ne sert à rien!)

 

Ce texte est également disponible en Allemand

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1. Même si l’on pourrait avoir tendance à croire que cela arrange les gouvernements nationaux!

Auteur

Armand Wildanger
Armand Wildanger

Armand Wildanger est le Secrétaire Général du Syndicat NGL-SNEP depuis 2008. Il est en charge des communications du syndicat ainsi que de l'organisation et du fonctionnement du Secrétariat général du NGL-SNEP. Il fait partie du Conseil d'administration du NGL-SNEP. Armand Wildanger est diplômé en gestion d'entreprise.