« On ne peut pas freiner la croissance »

"Sinon nous retournerons au Moyen-Âge"


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C’est ainsi que la presse cite le directeur du STATEC, le service de statistiques gouvernemental.

Ce sujet revêt une importance capitale et mérite d’être discuté, par nous tous. Continuez à lire, vous serez surpris. Ignorez le sujet, et vous vous rendrez coupable de non-assistance à personnes en danger. Ces « personnes », c’est nous tous, il n’y aucun doute là-dessus!

Aussi impératif que le titre puisse paraître, nous estimons, non, nous sommes convaincus (et nous ne sommes pas les seuls à le croire et le prouver) qu’il est faux! Mais bon, de la part d’une agence d’un gouvernement voué au libéralisme et au capitalisme effréné, il ne faut pas s’attendre à autre chose qu’un rattachement à la croissance qui est le mantra de l’Europe. « Sans croissance, tout n’est rien » disait récemment la chancelière allemande. Il est vrai que les gagnants (pour ne pas dire les « profiteurs ») du système n’ont aucun intérêt à le changer, du moins à première vue.

Néanmoins, derrière cette façade de dogme, hiérarchiquement supérieur même à celui de l’immaculée conception, il faut entrevoir les fissures. En effet, pourquoi se sentir obligé de répéter inlassablement ce mantra (il est vrai que c’est l’essence même d’un mantra que d’être répété inlassablement 🙂 ) s’il s’agit d’une vérité absolue, d’une loi économique?

Chacun de nous se rappelle avoir dit ou entendu dire au moins une fois dans sa vie: « jusqu’où tout ça ira ». Cette question cache une inquiétude plus que justifiée: nous savons que nous faisons fausse route, mais nous ne savons pas pourquoi, puisque nos dirigeants nous font croire sans cesse que tout va bien (même si nous ne nous en rendons pas compte) et que la croissance est une vache sacrée, le garant de notre bien-être.

Il est vrai que l’article en question est légèrement plus nuancé que son titre, mais toujours pas suffisamment à notre avis.

Pourquoi donc faisons-nous fausse route? Il n’y pas argument plus percutant qu’une citation de Kenneth BOULDING, économiste américain: « Celui qui croit qu’une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » La logique physique veut qu’un sous-système (économie) d’un système fini (la planète) ne peut pas croître indéfiniment.

Ce que l’on veut nous faire prendre pour une loi macro-économique (la croissance) se heurte violemment aux lois de la nature: les ressources de la planète sont finies. Mark Twain aurait dit cyniquement: « le problème avec notre planète, c’est que cela fait longtemps que sa production a cessé. »  Comme notre système économique est basé essentiellement sur la consommation (nous) et par conséquent l’exploitation effrénée des ressources (planète), il y a contradiction. Nous savons que nous ne pouvons pas changer les lois de la nature, il faudra donc changer les lois de l’économie!

Cette vérité, d’apparence banale, cache une question gênante: « comment pouvons-nous ignorer cette réalité? »

Sans doute parce que nos dirigeants nous enfoncent dans la tête que croissance signifie bien-être. A tel point qu’ils en font même une valeur économique, mesurable, monnayable!

Cela signifie consommer, consommer plus et consommer toujours.  Et sans suivre cette voie, nous retournerons au Moyen-Âge, du moins d’après le seigneur des chiffres, pardon le directeur du STATEC.

Que le doute soit permis!

Prenons l’équation croissance = bien-être.

Jusqu’à un certain point de bien-être, cela est vrai. Ce point, nous pouvons le voir comme tout petit point très lointain dans notre rétroviseur. Nous l’avons dépassé depuis bien longtemps! Même en voulant maintenir une croissance de 4% par an1)pas question de moins! 🙂 , nous avons besoin de plus en plus de ressources! Saviez-vous qu’aujourd’hui, la consommation des ressources planétaires est accélérée davantage par la croissance des richesses que par la croissance démographique? La progression est exponentielle. Nous devons donc exploiter de plus en plus notre planète 2)La seule que nous avons, soit dit en passant.. La destruction de la nature, qui va de pair avec la croissance -et rappelons que nous faisons partie de cette nature – nous apportera tout sauf du bien-être.

En misant sur une croissance infinie, nous enlèverons le bien-être à ceux pour qui l’équation de croissance=bien-être pourrait encore se vérifier: nos enfants3)que nos politiques aiment tant citer dans leurs discours du dimanche, et le milliard d’humains qui doivent vivre avec 1$ par jour. Un milliard de personnes pour qui le mot  « bien-être » a gardé sa signification originelle: l’élimination de la famine, l’existence d’un foyer, la fin de la pauvreté et de l’injustice et l’espoir d’une vie dans un monde en paix. 4)Tim JACKSON, Economiste britannique, Professeur en développement durable à l’Université de Surrey, Commissaire économique du gouvernement Brown.

Continuons comme d’habitude, et cela mènera inévitablement à des conflits majeurs!

Le mythe de la croissance a échoué! C’est un échec pour les pauvres et pour l’environnement! Pour nous-même, la promesse de bien-être dû à toujours plus de croissance ne se réalise pas non plus: taux de chômage élevé en Europe, faillite des systèmes sociaux, endettement public, problème écologiques massifs, disparition d’espèces (animales, pour l’instant). Il semble que nous ayons oublié que nous faisons partie de cette nature que nous sacrifions sur l’autel de la croissance et de notre prétendu bien-être. Nous sommes en train de nous exterminer nous-mêmes. Hélas, Mark TWAIN disait déjà : « Il est plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu’ils ont été trompés. »

Au point où nous en sommes, la croissance signifie la mort. Pour nous en sortir, il faut que nous comprenions que stopper la croissance est IMPENSABLE, mais pas IMPOSSIBLE! Il doit y avoir une alternative viable entre « retourner au Moyen-Âge » et s’auto-exterminer.

Au cas où nous ne trouverions pas la dernière sortie dans la chevauchée droit dans le mur de la croissance, nous aurons la faible consolation que nous n’aurons plus besoin de nous en faire pour nos retraites ou nos voitures.

« Avant que nous ne soyons à court de pétrole5) fin des réserves estimée à 2067, nous serons à court de planète. » 6)Bill McKIBBEN, activiste écologique américain, journaliste et auteur

 

Bibliographie:
Prospérité sans croissance : Les fondations pour l’économie de demain, Tim JACKSON
Die ganze Wahrheit über alles: Wie wir unsere Zukunft doch noch retten können, Sven Böttcher und Mathias Bröckers

 

Ce texte est également disponible en Allemand

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1. pas question de moins! 🙂
2. La seule que nous avons, soit dit en passant.
3. que nos politiques aiment tant citer dans leurs discours du dimanche
4. Tim JACKSON, Economiste britannique, Professeur en développement durable à l’Université de Surrey, Commissaire économique du gouvernement Brown.
5. fin des réserves estimée à 2067
6. Bill McKIBBEN, activiste écologique américain, journaliste et auteur

Auteur

Armand Wildanger
Armand Wildanger

Armand Wildanger est le Secrétaire Général du Syndicat NGL-SNEP depuis 2008. Il est en charge des communications du syndicat ainsi que de l'organisation et du fonctionnement du Secrétariat général du NGL-SNEP. Il fait partie du Conseil d'administration du NGL-SNEP. Armand Wildanger est diplômé en gestion d'entreprise.

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