Indexation des salaires: la guerre des tranchées


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indexationL’indexation: tentative d’explication

Une nouvelle indexation des salaires se dessine à l’horizon. Certains hommes politiques sautent sur l’occasion pour se faire le messager de cette « bonne nouvelle ». A peine annoncée, cette augmentation automatique des salaires de 2,5% appelle des réactions. Les syndicats, dont nous-même, sont traditionnellement favorables à cette adaptation rétroactive des salaires au coût de la vie. Les fédérations patronales en exigent tout simplement l’abolition!

Au-delà de cette guerre des tranchées qui immobilise la question depuis de longues années, essayons de considérer deux simples faits relatifs à l’indexation:

  1. elle constitue bien une adaptation du salaire à l’augmentation des prix à partir du moment où celle-ci dépasse un certain seuil, soit 2,5% en l’occurrence
  2. elle constitue de ce fait une augmentation des coûts salariaux pour l’employeur

Quant au premier point, regardons le tableau suivant qui montre ce qui se passe en cas d’augmentation des salaires de 2,5%:

[table class= »table_purple shadow »]

Salaire mensuel brut (€) Augmentation du salaire brut (€) Augmentation du salaire net (€) *1
*1: classe d’impôt 1, pas d’autres déductions, « worst-case », chiffres arrondis.
2.000 50 36
3.000 75 45
4.000 100 49
5.000 125 63
6.000 150 74
7.000 175 88
10.000 250 138
15.000 375 204
 [/table]

Si nous laissons aux fédérations d’employeurs le soin d’argumenter pour les employeurs, l’obstination du côté syndical nous paraît étonnante.

En effet, le système des augmentations proportionnelles a un effet de hiérarchisation exacerbé des rémunérations: les « grosses » 1)NB: la terminologie de « gros salaires » n’est pas destinée à commencer une polémique. Il faut considérer cela dans le cadre syndical: les personnes à 15.000€ sont rarement affiliées à un syndicat! rémunérations augmentent plus vite que les « petites », et à chaque indexation, l’écart se creuse.

Autrement dit, ce système défavorise le plus ceux qui en ont le plus besoin: les petites rémunérations. Or, la raison d’être des syndicats n’est-elle pas d’aider les plus démunis, justement?

Fût une époque où le gouvernement a réfléchi à un plafonnage de l’indexation. Cela pénaliserait les grosses rémunéraitons du fait du plafonnage. Or, ce système, sans adaptations, favoriserait les employeurs devant payer des « gros » salaires: l’État, les banques… En effet, c’est les « gros » salaires qui se trouvent plafonnés et donc l’augmentation due à l’indexation ne serait payée que partiellement par l’employeur (jusqu’au plafond). De ce fait, la petite entreprise doit payer les augmentations de plein pot (pas de plafonnage) alors que l’État et les banques feraient des économies substantielles (le plafonnage s’applique).

La progression à froid

Ce qui paraît être un nouveau procédé de fabrication de glaces n’est en effet rien d’autre qu’une augmentation d’impôts automatique due à l’indexation. Essayons de l’expliquer de façon simple et schématique:

Avant l’indexation, pour 100€ de salaire vous payiez 5€ d’impôts. L’indexation appliquée, vos 100€ deviennent 102,50€. Vous devriez dès lors toujours payer 5€ d’impôts afin de maintenir votre pouvoir d’achat, raison d’être de l’indexation. Or, vos impôts augmenteront à 6€!

Une augmentation des salaires pour maintenir le pouvoir d’achat tout en augmentant les impôts est une hypocrisie. Vous les avez entendus, les hommes politiques, vous annoncer cette augmentation des impôts? Personne?

Voilà pourquoi le gouvernement adore les indexations: à chaque adaptation des rémunérations, les caisses de l’État se trouvent renflouées de recettes d’impôts sur les rémunérations supplémentaires.

D’autres conséquences néfastes

Imaginez-vous que vous avez une petite entreprise (construction, salon de coiffure, installateur…) et que votre coût salarial augmente de 2,5%. Comment faire face à ce coût supplémentaire? Vous serez amené tôt ou tard à adapter vos prix à ce nouveau coût, alimentant de ce fait la spirale infernale de l’augmentation des prix.

Vous aurez constaté que les prix de beaucoup de services et de biens augmenteront suite à l’application d’une tranche indiciaire.

Les personnes au salaire minimum ne doivent pas voir grand chose d’une adaptation automatique .

Tous comptes faits, tout le monde y gagnera. Mais à quel prix?

N’est-il pas temps de quitter les positions figées afin de faire profiter de l’indexation ceux qui en ont le plus besoin?

Ce texte est également disponible en Allemand

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1. NB: la terminologie de « gros salaires » n’est pas destinée à commencer une polémique. Il faut considérer cela dans le cadre syndical: les personnes à 15.000€ sont rarement affiliées à un syndicat!

Auteur

Armand Wildanger
Armand Wildanger

Armand Wildanger est le Secrétaire Général du Syndicat NGL-SNEP depuis 2008. Il est en charge des communications du syndicat ainsi que de l'organisation et du fonctionnement du Secrétariat général du NGL-SNEP. Il fait partie du Conseil d'administration du NGL-SNEP. Armand Wildanger est diplômé en gestion d'entreprise.