Etat de la nation (Partie III)

L'école


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L’école

50% d’enfants de familles de migrants

Concernant l’école, le discours du Premier ministre évoque entre autres que 50% des enfants sont issus de familles de migrants (il ne parle pas de réfugiés!). Malheureusement, cela s’arrête au constat que ce fait représente un défi! Dommage!

Nous estimons qu’il ne faut pas considérer ce fait comme une fatalité. Ce n’est pas parce qu’on est enfant de migrant (réfugié) qu’on a forcément des problèmes (durables) à l’école. Bien évidemment, les langues posent problème initialement, mais les enfants s’adaptent vite! Encore que le terme générique de « migrants » semble mettre tous les enfants dans le même panier. Les problèmes rencontrés par les enfants lusophones ne sont pas les mêmes que ceux rencontrés par les enfants parlant une langue slave méridionale. Par ailleurs, l’âge de l’enfant joue également un rôle important. Quoi qu’il en soit, il ne faut jamais oublier que les enfants n’ont pas choisi leur sort!

La discussion aurait mérité d’être élargie aux raisons des migrations et à notre part de responsabilité dans celles-ci: guerres, répartition inégale des richesses1)Nous rejetons la qualification de « réfugiés économiques » qui est une contradiction in terminis… mais il ne faut pas trop en attendre de la part d’hommes politiques.

Une école plus efficace

C’est bien de se lancer des fleurs, mais « plus efficace » veut dire quoi exactement? Plus efficace par rapport à quoi? À PISA, cet outil qui ne fait que mesurer les compétences techniques d’un enfant mais qui évite explicitement tout ce qui pourrait avoir de l’importance sur le point humaniste?

Plus efficace, dans notre société baignée dans l’idée du capitalisme, veut-il dire que la ratio coût/ performances doit être optimal? Est-ce pour cela que le ministre MEISCH grappille le paiement d’heures travaillées par les professeurs de lycée à gauche et à droite? Pourquoi ne pas en parler publiquement alors? Si le gouvernement est d’avis que les « profs » gagnent trop par rapport au rendement, faudrait le dire clairement! On pourrait être séduit à juger hâtivement le revenu des « profs » par rapport au prétendu temps libre uniquement. Mais on peut le croire ou non: il faut être taillé pour le métier. D’ici quelques années, il y aura une pénurie de professeurs de lycée (et d’enseignants en général) et il faudra leur payer une « prime de pénibilité ». Par ailleurs, pour faire efficacement leur travail, il faudrait déjà qu’ils puissent se concentrer sur leur tâche et ne pas avoir à reprendre l’éducation élémentaire des enfants (notamment les bonnes manières, la discipline, et surtout, le respect) qui est en principe de la compétence des parents. Alors, qui voudra lancer la première pierre?

Nous estimons en effet qu’on ne peut pas discuter de l’école sans mettre au centre de cette discussion les enseignants, toutes catégories confondues. C’est eux qui influencent l’apprentissage des enfants plus que quiconque. Un bon enseignant peut rendre un matière ennuyeuse intéressante et vice-versa. Une société éclairée ne se doit-elle pas de choisir parmi les siens les meilleurs, les plus intelligents, et en même temps, les plus affectueux2)Sven Böttcher/ Mathias Bröckers, Die ganze Wahrheit über alles, Wie wir unsere Zukunft doch noch retten können, Westend 2016 pour être enseignants? N’est-ce pas ces « meilleurs » qui devraient jouir d’une grande autorité et être payés en conséquence? Au lieu que ce soit les banquiers qui encaissent gros, sans avoir besoin d’être les meilleurs ou les plus intelligents, sans parler d’être les plus affectueux? Et surtout, sans produire aucune valeur autre que le fric!

Encore une petite remarque: une école plus efficace ne devrait-elle pas favoriser la pensée critique plutôt que la pensée unique? Ne devrait-elle pas encourager l’individualité plutôt que de la punir ou la traiter comme une maladie, avec des médicaments?

De « grands » constats

« L’école d’aujourd’hui doit préparer les enfants à des métiers qui n’existent pas encore. » Quelle clairvoyance! On dirait que le gouvernement actuel a inventé l’évolution de la société. Juste pour savoir: cela n’a-t’il pas toujours été le cas? Et puis, certaines valeurs ne changent jamais: justement, l’école ne devrait-elle pas préparer à la vie plutôt qu’à un métier seulement?

« Les enfants ayant une formation professionnelle ou un bac ont les meilleures chances sur le marché du travail. » Ah bon? N’est-ce pas une vision un peu étriquée? Pour un gouvernement qui parle de réalité…

 

 

Ce texte est également disponible en Allemand

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1. Nous rejetons la qualification de « réfugiés économiques » qui est une contradiction in terminis
2. Sven Böttcher/ Mathias Bröckers, Die ganze Wahrheit über alles, Wie wir unsere Zukunft doch noch retten können, Westend 2016

Auteur

Armand Wildanger
Armand Wildanger

Armand Wildanger est le Secrétaire Général du Syndicat NGL-SNEP depuis 2008. Il est en charge des communications du syndicat ainsi que de l'organisation et du fonctionnement du Secrétariat général du NGL-SNEP. Il fait partie du Conseil d'administration du NGL-SNEP. Armand Wildanger est diplômé en gestion d'entreprise.