Etat de la nation 2017 (Partie II)

Chômage, mobilité


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Chômage

Le chômage diminue depuis trois ans. C’est à première vue une bonne nouvelle! Malheureusement, chaque chômeur est un chômeur de trop. Encore que le chômage, lorsqu’il prend le rôle d’un relais éphémère, est un instrument important pour une économie et les travailleurs.

Or, à quel prix le chômage est-il en baisse? En prenant les propres chiffres du gouvernement, il y a 43% de frontaliers sur le marché du travail. Dans les statistiques, il faut encore enlever le secteur public et les entreprises assimilées dans lesquels le fait de licencier est très compliqué (on ne licencie pas, on limoge aux archives!). Cela rend la proportion des frontaliers encore plus importante. Les même statistiques montrent une croissance constante de la main d’oeuvre frontalière, notamment aussi au vu du phénomène vu en première partie, que les travailleurs résidents déménagent dans les pays limitrophes pour faire des économies de loyer. Comme le chômage est payé par le pays de résidence, les statistiques concernant le chômage au Luxembourg s’en trouvent embellies.

Par ailleurs, nous assistons quotidiennement nos affiliés dans les questions de chômage, et nous constatons une radicalisation des refus d’octroi. Il semble que la politique de l’ADEM fonctionne ainsi: éviter ou retarder au maximum les inscriptions. Nous y reviendrons dans un article dédié à l’ADEM.

Un troisième phénomène que nous constatons, et qui est encore liée à la politique de placement de l’ADEM, est l’ampleur croissante du travail intérimaire. L’ADEM « place » donc les chômeurs auprès des sociétés de travail intérimaire qui reprennent la « gestion » des chômeurs à la place de l’ADEM. Et « placement » dans une société de travail intérimaire n’est pas synonyme de travail et souvent, le début d’un calvaire. Le terme working poor vous dit-il quelque chose? Nous y reviendrons également dans un article dédié aux « bienfaits » du travail intérimaire.

La succès d’un chômage en baisse apparent est donc à considérer avec atténuation.

Mobilité

On devrait plutôt parler d’immobilité ou de chaos sur les routes. Parlez aux personne vivant par exemple à Cologne, une ville de 1,1 millions d’habitants: il y a moins de chaos et de temps perdu sur les routes qu’au Luxembourg. Déjà, les infrastructures semblent avoir au moins vingt ans de retard et les politiques n’ont qu’un mot à la bouche: croissance. A part les politiques, est-ce que les usagers de la route sont-ils vraiment de fervents défenseurs de la croissance? Et jusqu’où? La situation est particulièrement exacerbée dans le sud du pays et les autoroutes menant à la ville de Luxembourg. On commence enfin à envisager l’élargissement de l’A3 (France A31-Dudelange-Luxembourg), enfin! Une troisième voie apportera-t-elle une fluidification du trafic ou les automobilistes arriveront-ils plus vite aux abords de la ville de Luxembourg pour devoir y attendre encore plus longtemps, rétrécissements de voie obligent? Seulement le temps nous apportera la réponse.

Une solution envisagée: le télétravail

De prime abord, la télétravail peut sembler être une solution très agréable pour les concernés. Plus de bouchons le matin, plus de frais de déplacement, liberté d’organisation de son temps de travail, rester chez soi dans son environnement familial… que du bonheur! Hélas, tous ces points ont également un revers de médaille. Des entreprises avant-gardistes comme Yahoo! par exemple ont déjà fait marche arrière sur la question. Pour plein de raisons, en voici quelques unes.

  • Le télétravail détruit votre vie sociale

En restant chez vous pour travailler, vous n’avez plus le contact personnel avec vos collègues. Fini les cigarettes en commun, fini les bavardages (ô combien utiles) à la cafetière. Les gens sondés sur la question expriment pour la plupart un sentiment de solitude, à la longue.

  • Le télétravail envahit votre vie privée

En travaillant dans ses propres quatre murs, et en évitant le temps de trajet, il n’y a plus de coupure entre travail et vie privée. La séparation devient moins nette, le travail paraîtra omniprésent dans votre vie.

  • Le télétravail nuit à la cohésion sociale

Dans les pays avant-gardistes sur la question, les personnes ne pouvant pas profiter du télétravail sont eux-aussi envahis d’un sentiment de solitude, mais aussi d’injustice. En effet, le télétravail ne profite pas aux travailleurs qui exercent un travail physique. Les travailleurs du bâtiment par exemple: non seulement sont-ils obligés de se rendre physiquement au travail, mais encore, le télétravail (des autres) ne diminue en rien la pénibilité de leur travail. Justement les travailleurs du bâtiment contribuent déjà largement à une diminution de trafic du fait de l’organisation de navettes les prenant chez eux pour les emmener aux chantiers.

 

Ce texte est également disponible en Allemand

Auteur

Armand Wildanger
Armand Wildanger

Armand Wildanger est le Secrétaire Général du Syndicat NGL-SNEP depuis 2008. Il est en charge des communications du syndicat ainsi que de l'organisation et du fonctionnement du Secrétariat général du NGL-SNEP. Il fait partie du Conseil d'administration du NGL-SNEP. Armand Wildanger est diplômé en gestion d'entreprise.